La visite de Nick Checke apparaît ainsi comme un premier pas, prudent mais significatif, vers une relation plus équilibrée, où chacun cherche à préserver ses intérêts dans un Sahel en pleine mutation.
Le responsable Afrique du département d’État américain, Nick Checke, a achevé sa visite officielle à Bamako, marquant une nouvelle étape dans les efforts de Washington pour réengager le dialogue avec le Mali. Reçu par le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, le diplomate américain a échangé avec les autorités maliennes sur les perspectives de relance de la coopération bilatérale, ainsi que sur un cadre de dialogue élargi avec les pays membres de l’Alliance des États du Sahel (AES).
Cette visite s’inscrit dans un contexte de recomposition des alliances diplomatiques au Sahel central, où les Etats-Unis cherchent à ajuster leur approche après plusieurs années de relations distendues entre Washington et les autorités de transition au Mali. Pour Bamako, comme pour Washington, l’enjeu est désormais de bâtir une relation fondée sur le pragmatisme, les intérêts partagés et le respect mutuel des souverainetés.
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Ce que le Mali pourrait gagner
Pour le Mali, une relance de la coopération avec le pays de D. Trump ouvre la voie à un retour progressif de certains appuis financiers, techniques et humanitaires, notamment dans les secteurs de la santé, de l’éducation, de l’agriculture et du développement communautaire. Les Etats-Unis disposent d’une longue expérience en matière de programmes de résilience, de lutte contre l’insécurité alimentaire et de renforcement des capacités institutionnelles, des domaines clés pour un pays confronté à des défis sécuritaires et socio-économiques persistants.
Sur le plan sécuritaire, sans forcément renouer avec les anciens schémas de coopération militaire, Bamako pourrait bénéficier d’échanges d’expertise, de formations ciblées et d’un appui en matière de renseignement et de lutte contre le terrorisme, dans une logique complémentaire aux partenariats déjà engagés par le Mali.
Sur le plan diplomatique, le rapprochement du Mali avec les Etats-Unis pourrait représenter un levier stratégique important pour le pays. En renouant le dialogue avec Washington, Bamako pourrait progressivement desserrer l’isolement international qui pèse sur lui depuis plusieurs années, tout en améliorant son image auprès de certains bailleurs de fonds et partenaires financiers multilatéraux. Dans un contexte où le Mali cherche à diversifier ses relations internationales et à réduire sa dépendance vis-à -vis de certains acteurs régionaux ou continentaux, un partenariat renforcé avec les Etats-Unis offrirait également des opportunités d’accès à des financements et à des projets de coopération économique et sécuritaire. Ce rapprochement permettrait ainsi au Mali de conjuguer ouverture diplomatique et consolidation de sa souveraineté, en affirmant sa capacité à choisir ses partenaires tout en protégeant ses intérêts nationaux.
Ce que les Etats-Unis pourraient gagner
Pour Washington, le retour du dialogue avec Bamako permettrait de maintenir un pied dans une région stratégique marquée par une forte concurrence d’influences. Les Etats-Unis ont intérêt à préserver des canaux de communication avec les autorités sahéliennes afin de mieux suivre l’évolution des dynamiques sécuritaires, politiques et économiques.
Un partenariat, même limité, avec le Mali et, plus largement, avec les pays de l’AES, offrirait aux États-Unis l’opportunité de promouvoir leur vision de la stabilité régionale, de la gouvernance et du développement, tout en évitant un retrait total qui laisserait le champ libre à d’autres acteurs internationaux.
Par ailleurs, Washington pourrait également explorer des opportunités économiques, notamment dans les secteurs miniers, énergétique et des infrastructures, où des entreprises américaines pourraient trouver des marchés, à condition que le climat des affaires et la sécurité juridique s’améliorent.
Une coopération sous conditions
Si les deux parties affichent une volonté de dialogue, la relance effective de la coopération dépendra de la capacité à lever les incompréhensions accumulées ces dernières années. Le Mali insiste sur le respect de ses choix souverains, tandis que les Etats-Unis continuent de mettre en avant des exigences liées à la gouvernance, aux droits humains et au processus de transition politique.
La visite de Nick Checke apparaît ainsi comme un premier pas, prudent mais significatif, vers une relation plus équilibrée, où chacun cherche à préserver ses intérêts dans un Sahel en pleine mutation.
B.S.
Source : Arc en Ciel
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