Après un mois et demi d’audiences marquées par des débats intenses et parfois tendus, le président de la Chambre, le magistrat Samba Tamboura, devait initialement rendre sa décision ce vendredi matin. La salle d’audience, pleine à craquer, témoignait de l’importance judiciaire et politique de cette affaire.
Peu avant 10 h 30, le président a repris l’audience et fait comparaître à la barre les 13 accusés. Contre toute attente, il n’a ni prononcé de condamnations ni d’acquittements. Il a plutôt annoncé le renvoi du délibéré, précisant que la juridiction souhaitait entendre le contrôleur financier général chargé de la mise en œuvre de la Loi de programmation militaire, afin d’éclairer les mouvements financiers au cœur du dossier.
La Chambre prévoit également l’audition du représentant du groupe Paramount au Mali, notamment sur la question de l’effectivité des équipements militaires livrés.
Dans la même décision, la juridiction a ordonné la remise en liberté de Tiéna Coulibaly et de sept autres accusés, qui faisaient l’objet d’une ordonnance de prise de corps depuis le 21 décembre 2025. En revanche, les accusés placés sous mandat de dépôt restent en détention.
Cette décision de renvoi a suscité une vive réaction du côté de la défense. Plusieurs avocats dénoncent une mesure injustifiée. Pour Me Dianguine Tounkara, ce report constituerait la preuve d’un dossier « vide », les débats n’ayant, selon lui, pas permis d’établir l’existence d’infractions de détournement ou de blanchiment.
Les conseils de la défense redoutent par ailleurs que ce renvoi puisse ouvrir la voie à une recomposition de la chambre criminelle, rappelant un précédent survenu lors du dossier relatif à l’achat de l’avion présidentiel et aux contrats d’équipements militaires.
Dans l’enceinte du tribunal, l’incompréhension dominait parmi le public et les parties. La question du fondement réel de ce renvoi demeure au centre des interrogations.
Interrogé sous anonymat, un ancien magistrat à la retraite estime que le ministère public n’aurait pas réussi, au cours des débats, à apporter de preuves matérielles établissant un détournement de fonds ou un blanchiment. Selon lui, la juridiction aurait préféré disposer d’éléments supplémentaires avant d’envisager un éventuel acquittement général.
Le procès Paramount–Embraer, considéré comme l’un des dossiers judiciaires les plus sensibles de ces dernières années au Mali, entre ainsi dans une nouvelle phase d’attente, dans un climat judiciaire et politique toujours sous tension.
Ousmane Mahamane
Source : Mali Tribune
Lire l’article original ici.










