À l’occasion du 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, nous vous proposons le parcours politique et associatif de certaines amazones du Mouvement démocratique.
Mme Sy Kadiatou Sow, membre du Mouvement démocratique et membre fondateur de l’ADEMA-Association. Elle est parmi les signataires de la Lettre ouverte adressée au président Moussa Traoré en 1990 pour le changement.
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Une sorte de pétition adressée au président Moussa Traoré pour lui demander, au nom des démocrates et des patriotes, au vu de la situation du pays, de changer de méthode de gestion et d’accepter l’ouverture politique pour l’intérêt du pays. Il faut reconnaître que c’était un acte téméraire à l’époque.
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Mme Sy Kadiatou Sow
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Née à Nioro du Sahel le 7 mars 1955. De sa mère, elle reçoit un prénom supplémentaire Salama qui signifie la paix en relation avec le mot arabe salam. Kadiatou Sow est une élève assidue. Elle fréquente le lycée Notre Dame du Niger. Elle est présélectionnée et se verra octroyer une bourse du Fonds d’Aide et de Coopération (FAC) pour aller poursuivre ses études en France après sa réussite au BAC. Kadiatou obtient ses diplômes dans deux (02) universités françaises: Licence de Lettres Modernes en 1977 à l’université de Nice puis Licence de Droit Public et Maîtrise de Lettres Modernes à l’université de Paris X à Nanterre en 1978. L’année suivante, elle est auditrice à l’Institut d’Administration des Entreprises de Paris. Toutefois, elle n’achève pas sa formation dans cet établissement, car elle se trouve dans une situation difficile à gérer. D’une part, la bourse est coupée; d’autre part, Kadiatou devenue Mme Sy le 31 juillet 1976, est mère d’une fille. Elle a dû trancher entre sa famille et les études. Ce fut le retour au Mali. Depuis la famille s’est agrandie et les Sy monogames de religion musulmane ont eu trois (03) enfants.
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En 1980, Salama commence à travailler au Projet Mali Sud Élevage de Sikasso, où elle était chef du personnel jusqu’au mois de juillet 1982. Puis Mme Sy Kadiatou Sow sera recrutée à la Compagnie malienne pour le développement des textiles (CMDT) tour à tour comme adjoint administratif du directeur régional de Sikasso (1982-1986) et au siège de la société à Bamako, comme chef des Services des Ressources humaines (1986-1991) et enfin, inspectrice à l’l’Inspection générale (1990-1991).
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Mais l’heure du grand décollage sonne véritablement en avril 1991 lorsque Mme Sy est nommée gouverneur du district de Bamako par les autorités de la transition. Elle est la première femme à occuper ce poste au Mali et y reste jusqu’à son entrée au gouvernement en février 1994. C’est d’abord en France à l’âge de dix-neuf (19) ans que Kadiatou Sow croise la politique sur son chemin dans les structures, où elle milite à savoir, l’Association des élèves et étudiants maliens en France (AESMF) ainsi que la Fédération des étudiants d’Afrique noire en France (FEANF). Puis au Mali, elle rejoint les rangs des amis et aînés déjà engagés dans le combat politique contre la dictature militaire qui sévissait alors dans le pays. Kadiatou poursuit précisément la lutte ici au sein d’un parti clandestin: le Parti malien du travail (PMT).
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Aujourd’hui, Mme Sy Kadiatou Sow est présidente de l’Alliance pour la démocratie au Mali (ADEMA). Alors même que ce n’était encore qu’une association en 1990, elle s’y activait déjà en tant que 5ème vice-présidente, chargée des finances. Quand l’ADEMA s’est muée en parti politique en 1991, Mme Sy a choisi d’y continuer son engagement politique. Elle n’a pas d’autre titre que simple militante à la base. Pourtant, elle n’est pas moins active à ses postes. En tout cas, elle se considère «en mission».
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Toutefois, la différence de comportement entre l’homme et la femme en politique est nette pour Mme Sy. D’où sa position catégorique: «Oui ! la femme est plus méfiante vis- à - vis de la politique parce que de plus en plus les politiciens donnent une image de la politique qui est négative: magouilles, coups bas, trahison, luttes fratricides, etc. Alors que la femme a horreur en général de tout conflit familial ou social. Il leur arrive donc souvent d’être très déçues». L’objectif que cherche à atteindre Mme Sy en faisant de la politique est le changement de son pays sur tous les plans. C’est pourquoi elle s’investit énormément dans les activités associatives, notamment de femmes et de jeunes avec lesquels elle essaie de partager ses idéaux.
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Dans la gamme des actions concrètes à grand impact posées par Mme Sy Kadiatou Sow, on recense: des cours d’alphabétisation au profit de travailleurs émigrés à Paris sous l’égide de l’ASMEF; des interventions multiformes au Centre Djoliba de Bamako, lequel a joué un rôle très important dans l’éveil des consciences et dont elle est membre du groupe de réflexion et d’animation; présidente et  membre fondateur du Collectif des femmes du Mali (COFEM), association créée en 1991; contributions significatives, conjointement avec son mari, au sein de la coopérative Jamana.
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La preuve, à travers ses prestations et initiatives lors de son passage au gouvernorat, qu’une femme peut bien gérer une ville malgré les grosses difficultés rencontrées. C’était un grand défi car abstraction faite de problèmes inhérents à toute fonction, la nomination d’une femme en qualité de gouverneur en la personne de Mme Sy a été un tollé, particulièrement dans les milieux des conservateurs.
En effet, ce poste qui est de commandement ou d’autorité au sens plein du terme, était traditionnellement réservé aux hommes lesquels se sont habitués et convaincus qu’il leur revient de droit.
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Membre du gouvernement en 1994 comme ministre des Affaires étrangères, des Maliens de l’extérieur et de l’Intégration africaine (février-octobre 1994, un fait rarissime en Afrique. Un fauteuil qui ne sied pas bien aux femmes pour des préceptes religieux. À titre d’exemple une femme, ministre des Affaires étrangères ne sera pas accepter à discuter à table dans les pays arabes: Koweït, Qatar, Arabie Saoudite). C’est pourquoi Salama n’a duré à ce poste.
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Ensuite, on lui a confié le portefeuille de l’Urbanisme et de l’Habitat. Bien que la vie et la politique soient indissociables aux yeux de Salama, ses valeurs sont la franchise, l’humilité et le respect de l’autre. Elle apprécie de même la loyauté. Elle déteste la démagogie et la duplicité qui sont hélas, monnaie courante en politique. Si elle offre volontiers des sacrifices suggérés par ses parents à d’autres personnes âgées, elle n’est pas superstitieuse et ne consulte jamais de marabout. Elle confie la tâche de révéler ses qualités et défauts aux autres.
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Néanmoins, Salama entend souvent dire qu’elle est dure et s’en défend: «Je ne crois pas que c’est cela; c’est question de respect de ses propres principes». Au-delà du Mali, «Mme Sy Kadiatou Sow, forte de sa riche expérience, partage les recommandations suivantes avec celles qui veulent aller loin en politique en Afrique, je crois qu’une femme doit avoir une forte personnalité pour résister à la fois aux pressions familiales mais aussi à la tentation de se faire «instrumentaliser» par les hommes.
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Elle dit être très patiente, persévérante et assumer les soupçons malveillants qui entourent beaucoup de femmes qui se lancent dans la politique; leur réussite est souvent attribuée aux relations douteuses qu’elles auraient avec leurs responsables politiques ou au piston des parents et alliés, mais rarement à leur valeur intrinsèque.
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Elle doit se donner suffisamment d’autonomie par rapport aux nombreux parents et relations qui, tous, veulent avoir une influence sur elle.
Enfin, elle doit veiller jalousement sur la stabilité de son ménage, pour ne pas avoir à gérer constamment plusieurs fronts, et ne pas sacrifier la paix de son foyer à ses ambitions politiques».
Mme Coulibaly Alima Traoré, militante de l’ADEMA-PASJ
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Mme Coulibaly Alima Traoré dit qu’elle a été fascinée par son programme. Elle occupe le poste de présidente de la commission des femmes. Alima est née à Dakar en 1946 (son père alors officier de l’armée française. Elle est enseignante, sortie de l’École normale secondaire en 1976. Dans sa vision, la politique est le rassemblement de beaucoup de personnes autour d’un même objectif telle que la bonne marche du pays.
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En réalité, Mme Coulibaly Alima Traoré est venue en politique par accident dans des circonstances assez pathétiques. C’était en 1974. Le Comité militaire de libération nationale (CMLN) avait arbitrairement arrêté un groupe d’opposants (Bakary Pionnier, Cyr Mathieu Samaké, Mohamédoune Dicko…) et les avait emprisonnés au bagne de Taoudénit. Or, la prison de Taoudénit située en plein désert malien en direction de l’Algérie est tristement célèbre pour la bonne raison qu’elle était assimilée à un goulag tant les conditions carcérales étaient rudes: mauvais traitements, travaux forcés, on y allait pour mourir.
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L’arrestation de ces étudiants innocents avait déjà choqué Mme Coulibaly. Mais les voir avec une ardoise sur la poitrine l’a complètement ébranlée et révoltée à tel point qu’elle a résolu de se battre pour l’institution du multipartisme dans son pays. Le «goulag malien» a été fermé quelques temps avant la chute du régime Moussa Traoré.
Mme Fanta Diarra dite Mantchini, militante du CNID-FYT
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Elle est née le 24 avril 1954 à Bamako. Mantchini conçoit la politique comme l’art de gérer les affaires publiques, les institutions d’un État en vue du développement harmonieux d’un pays. Elle commence à se frotter à la politique en Guinée du temps de la Révolution.
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Au Mali, Mantchini compte parmi les premiers membres du Comité national d’initiative démocratique Faso Yiriwa Ton (CNID-FYT), l’association qui fait avancer le pays en bambara, créée le 16 octobre 1990 à la faveur de l’ouverture politique dans le pays. Mme Fanta Diarra dite Mantchini a décidé de faire la politique par conviction pour mettre fin à l’injustice par l’instauration d’une véritable démocratie pluraliste au Mali.
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Selon son observation; l’homme et la femme ont une vision commune en politique; les divergences n’apparaissent qu’en pratique. Mantchini exerce plusieurs activités et assume de nombreuses responsabilités au CNID-FYT dont les plus importantes sont: présidente du comité II de Badalabougou, son quartier; secrétaire chargée de la promotion des femmes et enfants au comité de direction du parti; membre du secrétariat exécutif; présidente de la commission centrale des femmes du CNID-FYT.
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Par ailleurs, les partis politiques d’opposition ont constitué un Collectif (COPPO) au sein duquel Mantchini occupe les fonctions de vice-présidente de la commission centrale des femmes. Deux (02) idées forces résument les ambitions et objectifs confondus de Mantchini. D’un côté, la mise en œuvre d’une réelle démocratie; ce qui implique le respect de la Constitution, la garantie des libertés individuelles et collectives, la liberté d’expression, un accès aux médias d’État avec usage équitable pour toutes les forces politiques nationales la promotion féminine à travers une large participation des femmes aux prises de décisions; sans oublier leur indispensable indépendance économique.
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Le 9 août 1997, le Collectif des politiques de l’opposition (COPPO) organise un meeting au Palais de la Culture. Alors qu’un leader s’adresse aux militants, un homme identifié comme traitre est battu à mort par la foule de militants surchauffés. On trouve sur la victime, le sergent-chef Moussa Diarra en tenue civile: des gaz lacrymogènes, un pistolet avec des balles authentiques, une paire de menottes. Était-il en mission commandée ou en mission de maintien d’ordre ? Quoi qu’il, il s’en suit une série d’arrestations et d’incarcérations des leaders du COPPO dans les cellules du Camp 1 de la gendarmerie de Bamako, le lendemain Mantchini et le président de son parti, Maître Mountaga Tall sont interpellés et gardés dans l’après-midi du dimanche 10 août. Les conditions de détention de Mme Fanta Mantchini Diarra sont inhumaines: une cellule de 1,5 mx 1,5 qui ne laisse pas d’autre choix que la station debout de jour comme de nuit.
Amy SANOGO
Source : Inter De Bamako
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