Le Mali se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins. Les difficultés que traverse le pays ne relèvent plus d’un simple passage à vide ; elles traduisent un malaise profond et multiforme qui touche toutes les couches sociales. Dans les rues, dans les campagnes, dans les marchés, dans les grins comme dans les administrations, un même constat revient : les Maliens peinent à affronter un quotidien devenu trop lourd.

Bamada.net-Face à cette accumulation de crises, la tentation est grande de se taire, de laisser faire, ou de s’enfermer dans des certitudes. Pourtant, se taire serait un renoncement. Parler sans discernement serait tout aussi dangereux. Ce moment historique exige autre chose : la lucidité, l’ouverture et le rassemblement.

Voir le réel tel qu’il est : un impératif moral

La première responsabilité collective est de regarder la situation en face.
Le pays tient debout grâce à la résilience exceptionnelle de sa population. Depuis plus d’une décennie, les Maliens endurent violences, privations, pénuries, instabilité économique et politiques changeantes. Leur capacité à encaisser inspire le respect, mais une vérité s’impose : à force de supporter, un peuple peut s’épuiser. Et lorsque l’épuisement se transforme en frustration, le risque de dérapage n’est jamais loin.

Reconnaître cette réalité n’est pas faire preuve de faiblesse.
C’est donner à la nation une chance d’éviter le pire.
C’est accepter que le temps de la simple gestion de crise touche à sa limite.

Ouvrir les portes du dialogue : la voie des nations qui se relèvent

Aucun conflit, nulle part dans le monde, ne s’est réglé uniquement par la force.
L’histoire enseigne une vérité imparable : la paix durable naît toujours d’un dialogue, même avec ceux que l’on considère comme adversaires.

Au Mali, cette évidence n’est plus taboue. Les Assises Nationales de la Refondation comme de nombreuses organisations sociales, traditionnelles et communautaires ont déjà insisté sur cette nécessité.
Mais négocier ne signifie ni plier, ni renoncer. Cela exige méthode, stratégie et clarté.

Toute démarche de ce type doit répondre à des questions fondamentales :

  • Avec quels interlocuteurs travailler ?

  • À quel moment ouvrir les discussions ?

  • Quel cadre, quel lieu, quelle médiation ?

  • Quels points sont ouverts à la discussion et quelles valeurs sont non négociables ?

  • Quels experts, diplomates, religieux, militaires et représentants sociaux doivent composer l’équipe nationale de négociation ?

Un dialogue dépourvu de stratégie, sans lutte contre l’injustice locale, sans actions de développement visibles dans les villages et cercles, ne produira aucun effet. Il doit aller de pair avec une riposte sécuritaire cohérente, avec une justice impartiale, et avec un État présent aux côtés des communautés.

L’ouverture doit également s’exprimer au-delà des frontières.
S’affirmer souverain ne signifie pas se couper de ses voisins.
Rebâtir des relations de confiance avec la sous-région est indispensable pour la sécurité, l’économie et la stabilité interne.

Rebâtir ensemble : le rassemblement comme dernière ligne de défense

À ce stade, le Mali n’a plus le luxe de se diviser. La survie de la nation impose un sursaut collectif.

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Le rassemblement, ce n’est pas l’uniformité : c’est l’acceptation que chaque acteur joue son rôle dans un cadre apaisé.

Ce rassemblement implique :

1. Une armée unie, solide et respectée.

Les forces de défense ne peuvent réussir si des rivalités internes sapent leur cohésion.

2. Une société civile libre et vigilante.

Loin d’être un adversaire de l’État, elle en est un partenaire essentiel, un thermomètre démocratique.

3. Une réponse énergique et visible aux souffrances quotidiennes.

Les populations demandent des actes concrets :

  • fin des coupures électriques répétitives,

  • disponibilité du carburant,

  • mécanismes de lutte contre la vie chère,

  • espoirs réels pour les jeunes en quête d’emploi.

4. La reconstruction des partis politiques.

Ils doivent être assainis, recomposés et replacés dans leur rôle normal : encadrer le débat public, former les cadres de demain et participer à l’élaboration des politiques publiques.

5. La libération de toute personne détenue pour avoir exprimé une opinion.

Une nation sûre de sa force n’emprisonne pas les idées.

6. Le retour digne des exilés non poursuivis par la justice.

Pour ceux qui le sont, une justice impartiale et transparente est la seule voie acceptable.

Ces mesures ne relèvent pas de la complaisance, mais de la logique : un pays fracturé ne peut relever les défis colossaux qui l’attendent.

Un message constant, plus actuel que jamais

Cet appel à la vigilance et à la responsabilité ne naît pas d’un effet d’actualité.
Il s’inscrit dans une continuité : des interventions publiques, des avertissements, des positions exprimées depuis longtemps, notamment dans plusieurs déclarations de Me Mountaga Tall ces dernières années.

Aujourd’hui, ces alertes résonnent plus fort, parce que le moment est critique.
La nation s’approche d’un seuil qui exige soit un sursaut, soit une rupture dont les conséquences seraient incalculables.

Choisir d’avancer : l’heure d’une décision collective

Le Mali n’est pas condamné.
Le pays a déjà traversé des épreuves plus profondes dans son histoire, mais s’en est toujours sorti grâce à l’intelligence collective, à la solidarité et à la capacité des Maliens à se réunir quand la situation l’exige.

Le choix est donc devant nous :

  • refuser la complaisance,

  • éviter l’affrontement inutile,

  • rejeter la résignation,

  • construire ensemble ce qui peut encore l’être.

L’avenir du Mali dépend de la capacité de tous — citoyens, dirigeants, leaders d’opinion, collectivités, diaspora — à faire prévaloir la raison sur l’émotion, et l’intérêt général sur les agendas particuliers.

C’est à ce prix que le pays pourra retrouver le chemin de la stabilité et du progrès.

 

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Fatoumata Bintou Y

 

Source: Bamada.net



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