Dans un rapport rendu public en février 2026, le Bureau du Vérificateur Général (BVG) a procédé à une vérification de performance de la gestion de la Pharmacie Populaire du Mali (PPM) pour la période allant du 1er juin 2021 au 25 août 2025.
Bamada.net-Cette mission, conduite sur la base des pouvoirs n°039/2025/BVG du 27 août 2025, met en lumière d’importantes insuffisances touchant la gouvernance, l’approvisionnement, le stockage, la distribution des médicaments ainsi que la gestion des ressources humaines.
À travers cette analyse structurée, Bamada.net revient en profondeur sur les principales conclusions du rapport et leurs implications pour le système de santé malien.
I. Une mission stratégique au cœur du système de santé
Créée en 1960 et érigée en Établissement Public à caractère Industriel et Commercial en 1993, la PPM constitue l’outil central de l’État pour :
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l’approvisionnement en médicaments essentiels ;
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le stockage sécurisé des produits pharmaceutiques ;
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la distribution sur l’ensemble du territoire national.
Elle intervient dans le cadre de la Politique Pharmaceutique Nationale et du Schéma Directeur d’Approvisionnement et de Distribution des Médicaments Essentiels (SDADME-PS).
Entre 2021 et 2024, la PPM a enregistré :
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68,64 milliards FCFA de recettes cumulées
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66,67 milliards FCFA de dépenses
Des chiffres importants qui témoignent du rôle économique et sanitaire stratégique de l’établissement.
II. Défaillances dans la gouvernance institutionnelle
Le BVG constate un déficit de supervision des organes de contrôle et de tutelle, notamment :
1. Absence de statuts particuliers actualisés
La PPM ne dispose pas de statuts particuliers précisant clairement les attributions spécifiques du Conseil d’Administration et du Président Directeur Général. Cette situation crée un flou dans la répartition des responsabilités stratégiques.
2. Mandats expirés du Conseil d’Administration
Le mandat des administrateurs nommés en 2016 a expiré en octobre 2019, mais le Conseil a continué à fonctionner jusqu’en 2025 sans renouvellement légal.
3. Absence de rapport annuel au Gouvernement
Le ministère de tutelle n’a pas transmis de rapport général annuel sur la gestion de la PPM au Gouvernement durant la période examinée.
4. Dysfonctionnement du Comité de suivi du Contrat-Plan
Les membres du Comité de suivi du Contrat-Plan État/PPM ne disposaient pas d’actes juridiques valides de nomination, remettant en cause la légalité de certaines sessions tenues.
Conséquence : un affaiblissement du pilotage stratégique et un risque accru de dérive managériale.
III. Des pertes massives liées aux produits périmés
L’un des constats les plus préoccupants concerne la gestion des stocks.
Quantité de produits périmés (2021-2024)
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2021 : 2 379 358 unités
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2022 : 2 166 714 unités
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2023 : 3 927 092 unités
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2024 : 7 263 538 unités
Total : 15 736 702 unités périmées
Impact financier global
Entre 2021 et 2024, la valeur totale des produits périmés est estimée à :
9 413 093 970 FCFA
Pour la seule année 2024 :
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3,56 milliards FCFA pour les produits propres à la PPM
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972 millions FCFA pour les produits des partenaires
Une augmentation spectaculaire qui met en évidence une dégradation progressive du système de gestion des stocks.
IV. Des failles graves dans la chaîne d’approvisionnement
Le rapport pointe plusieurs irrégularités :
1. Absence régulière de quantification des besoins
La Direction de la Pharmacie et du Médicament (DPM) n’a produit qu’un seul rapport de quantification sur cinq attendus durant la période.
2. Réception de médicaments avec durée de validité insuffisante
Des lots ont été réceptionnés sans réserve malgré un délai de péremption inférieur aux 18 mois réglementaires.
3. Retards dans les certificats d’analyse
Le Laboratoire National de la Santé (LNS) a accusé des retards allant de 14 à 200 jours pour la délivrance de certificats d’analyse.
Risque : distribution de médicaments sans confirmation formelle de conformité.
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V. Un système de stockage inadapté
Le BVG relève également :
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des insuffisances dans les conditions de conservation ;
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une gestion perfectible des zones de quarantaine ;
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des faiblesses dans l’application du principe « premier expiré, premier sorti » ;
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un niveau de contrôle interne insuffisant.
Ces lacunes compromettent la qualité des médicaments distribués et alourdissent les pertes financières.
VI. Recommandations clés du BVG
Le rapport recommande notamment :
Au Ministère de la Santé :
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élaborer des statuts particuliers pour la PPM ;
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renouveler les mandats du Conseil d’Administration dans les délais ;
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produire un rapport annuel au Gouvernement.
Au Ministère de l’Économie et des Finances :
À la PPM :
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renforcer la planification des besoins ;
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appliquer strictement les normes de réception ;
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améliorer la gestion des stocks ;
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optimiser le contrôle qualité.
VII. Un enjeu majeur pour la souveraineté sanitaire
La PPM joue un rôle déterminant dans l’accès équitable aux médicaments essentiels au Mali. Les dysfonctionnements relevés ne doivent pas être perçus comme une fatalité, mais comme une opportunité de réforme.
Dans un contexte de quête de souveraineté sanitaire et de renforcement du capital humain, la modernisation de la chaîne pharmaceutique nationale devient une priorité stratégique.
La vérification de performance du BVG met en évidence des insuffisances structurelles et opérationnelles préoccupantes au sein de la PPM entre 2021 et 2025.
Toutefois, les recommandations formulées constituent une feuille de route claire pour redresser la situation et renforcer l’efficacité de cet instrument clé du système sanitaire malien.
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