Il ne fait plus aucun doute que la lutte contre la corruption restera longtemps un slogan creux au Mali. Les annonces faites pour éradiquer ce fléau sont rarement suivies d’effet. Si elles le sont, c’est pour cibler une catégorie de personnes. Ce constat est amer sous la transition. Les uns sont embastillés, les autres bénéficient d’une protection.

La semaine dernière, un rapport du Bureau du Vérificateur général (BVG) a révélé des irrégularités financières s’élevant à plus d’un milliard de F CFA à l’Agence d’exécution des travaux d’entretien routier (AGEROUTE), une structure clé du ministère des Transports et des Infrastructures. Cette affaire laisse les Maliens perplexes. À un moment où toutes les routes du pays sont accidogènes.

 

Au lendemain du 18 août 2020, date marquant la fin du règne du président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK, paix à son âme), les nouvelles autorités de la transition avaient annoncé avec fracas que le combat contre la corruption et le détournement de deniers publics figurerait en bonne place de sa gouvernance de rupture avec les anciennes pratiques démocratiques. Et pour rassurer les Maliens qu’une lutte sans merci sera menée contre ce fléau qui mine notre société depuis des années, les autorités de la transition ont décrété l’année 2023, année de la lutte contre la corruption. Cette volonté affichée par la transition a été saluée à sa juste valeur par une population excédée par des scandales politico- financiers des régimes précédents dits démocratiques.

 

Mais hélas ! L’année consacrée à la lutte contre la corruption a été celle au cours de laquelle, elle a plus prospéré, mettant en scène les plus proches de la transition. Elle a quitté le stade secondaire des vrais- faux démocrates pour le stade tertiaire. Les rapports des structures de contrôle ont mis à nu l’hémorragie financière opérée sur le dos du peuple malien. Des milliards subtilisés des caisses de l’État. Les auteurs de ce banditisme financier ne seraient même pas inquiétés. Certains auraient bénéficié de la protection d’en haut et d’autres, selon certaines indiscrétions, auraient été aidés à fuir le pays. Dans ce jeu de duperie, les maillons faibles de la chaîne ont été emprisonnés, avant d’obtenir une liberté provisoire sous caution. Et dans l’imaginaire populaire, liberté provisoire signifie au Mali liberté totale. Et dès lors, bouche bée concernant les affaires (EDM-SA, CMDT…)

 

Encore un autre scandale éclate. Pas n’importe où. Il concerne le ministère des Transports et des Infrastructures, détenu par une dame du cercle très fermé du pouvoir. La semaine dernière, le peuple malien ne savait plus quoi dire suite à la publication d’un rapport du Bureau du Vérificateur général. Il révèle des irrégularités financières s’élevant à plus d’un milliard de F CFA à l’AGEROUTE, une structure clé du ministère des Transports et des Infrastructures. Cette affaire éclate à un moment où le Mali ne dispose d’aucune route digne de ce nom. Dans la capitale malienne, chaque conducteur choisit son nids- de- poule pour se frayer un chemin. Ce sauve qui peut, dans la circulation, entraîne chaque jour des accidents mortels. Du fait de l’état de dégradation avancée et de manque d’entretien, les routes maliennes sont devenues accidogènes. La route nationale N°7 (RN 7), reliant Bamako à Ségou, est un véritable calvaire pour les usagers. Presque chaque semaine, elle enregistre des accidents causant des dégâts matériels et des pertes en vies humaines. Sans que cela n’interpelle la conscience de ceux qui travaillent dans le département des Transports, plus précisément ceux qui sont cités dans ce nouveau dossier. Connaîtra-t-il le même sort que ceux cités en haut ?

 

La lutte contre la corruption, un instrument de chantage et un moyen de pression contre les anciens dignitaires
Les autorités de la transition se servent de la lutte contre la corruption pour en faire un instrument de chantage et un moyen de pression contre les anciens dignitaires. Dès lors, elle n’est plus au service de la nation. Les anciens dignitaires des régimes dits démocratiques décriés par les soutiens du Mali Koura, dont les noms sont cités dans des affaires de détournements de deniers publics, ne dorment que d’un œil. À condition de signer un pacte de non-agression. Ils seraient nombreux, ceux qui seraient passés par là. Des anciens ministres, directeurs, hauts cadres auraient préféré se taire pour que leur dossier ne soit pas transmis à la justice. Ceux qui ont bravé l’interdit, croupissent entre les quatre murs d’une prison. Et les procès de certains d’entre eux donnent lieu à un matraquage médiatique inédit. Et ceux qui n’ont pas eu cette chance sont toujours maintenus dans la présomption d’innocence. Et au même moment, les proches de la transition impliqués dans des affaires de corruption se la coulent douce dans des quartiers huppés de Bamako ou dans des capitales occidentales. Ces soupçons de partialité à laisser filer des proches du régime des mailles de la justice jettent un discrédit sur la lutte contre la corruption, censée instaurée une gouvernance vertueuse.

 

La volonté affichée par la transition à éradiquer la corruption et à décréter une année dédiée à combattre ce fléau a pris un coup sérieux du fait de soupçons de partialité, épargnant les parents et amis de la justice. Cette politique de deux poids, deux mesures dans la lutte contre la corruption inquiéterait beaucoup de compatriotes qui ne croient plus à la volonté affichée à défendre leurs intérêts face à des bandits à col blanc. Elle restera longtemps un slogan creux tant qu’elle cible une catégorie de personnes pour régler des comptes et non pour une justice équitable.
L’affaire de plus d’un milliard de F CFA au ministère des Transports et des Infrastructures mettra-t-elle fin à la justice à géométrie variable ?

Wait and see.

Yoro SOW

Source : Inter de Bamako



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