Aïssata, 36 ans, travaille depuis plus de dix ans sans connaître la sécurité économique. Chaque matin, avant le lever du soleil, elle rejoint le marché pour installer son étal. Les journées sont longues, les marges faibles, les charges nombreuses.
Malgré une activité quotidienne soutenue, ses revenus restent insuffisants pour garantir une stabilité durable. Le travail même permanent ne se traduit pas par une amélioration réelle des conditions de vie.
Comme de nombreuses femmes actives dans l’économie informelle, Aïssata ne bénéficie d’aucune protection sociale. En cas de maladie, de grossesse ou de baisse d’activité, les revenus s’interrompent brutalement. L’absence de couverture médicale et de dispositifs de soutien accentue la vulnérabilité de ces travailleuses, pourtant essentielles au fonctionnement de l’économie locale. Le marché, espace de subsistance, devient aussi un lieu d’incertitude permanente.
Les responsabilités familiales s’ajoutent à la pression économique. L’activité d’Aïssata ne se limite pas à assurer son propre quotidien ; elle contribue à la scolarisation des enfants, au soutien de proches et à la gestion des imprévus. Cette charge, largement assumée par les femmes, demeure peu visibles, alors même qu’elle constitue un pilier de la résilience sociale.
L’accès au financement reste limité. Les crédits formels sont rares, les taux élevés, et l’épargne fragile. La croissance de l’activité se heurte à l’absence d’accompagnement structuré, maintenant de nombreuses travailleuses dans un cycle de survie économique plutôt que dans une dynamique de développement.
Ce parcours met en lumière une réalité largement partagée : le travail ne protège pas toujours de la précarité. L’économie informelle, moteur silencieux de la survie des ménages, repose sur une main-d’œuvre exposée, peu reconnue et insuffisamment soutenue. La situation interroge la capacité du système économique à transformer l’effort quotidien en sécurité sociale et en dignité durable.
Cette réalité appelle des réponses concrètes. L’intégration progressive des travailleuses de l’économie informelle dans des dispositifs de protection sociale adaptés , un meilleur accès au financement accompagné de formations en gestion, des investissements publics dans les infrastructures de marché… des solutions qui contribueraient à améliorer les conditions de travail et la dignité des acteurs concernés et oui, il y a aussi des hommes parmi elles.
À travers le quotidien d’Aïssata, c’est la question plus large de la reconnaissance du travail informel qui se pose. Tant que ces activités resteront en marge des dispositifs de protection et de financement, des milliers de travailleurs continueront à produire sans jamais réellement s’en sortir, le changement est possible et nécessaire.
Parce que c’est notre Mali.
Muriel Jules
Source : Mali Tribune
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