La Pharmacie Populaire du Mali (PPM), pilier stratégique de l’approvisionnement en médicaments essentiels et outil central de la politique sanitaire nationale, se retrouve aujourd’hui au cœur d’un rapport accablant du Bureau du Vérificateur Général (BVG). La vérification financière couvrant les exercices 2021 à 2025 révèle une série d’irrégularités administratives et financières, mettant en cause la gouvernance, la transparence et le respect des règles de gestion des ressources publiques
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Bamada.net-Dans un contexte où l’État malien a fait de la santé une priorité nationale — notamment à travers la gratuité des soins pour les couches vulnérables — ces révélations soulèvent de sérieuses inquiétudes quant à la capacité de la PPM à remplir efficacement sa mission de service public.
La PPM, un maillon stratégique du système de santé malien
Créée en 1960 et érigée en Établissement Public à caractère Industriel et Commercial en 1993, la Pharmacie Populaire du Mali est chargée de l’approvisionnement, du stockage et de la distribution des médicaments essentiels sur l’ensemble du territoire national. Elle constitue l’outil privilégié de l’État pour la mise en œuvre de la Politique Pharmaceutique Nationale et du Schéma Directeur d’Approvisionnement et de Distribution des Médicaments Essentiels (SDADME-PS)
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Entre 2021 et 2024, la PPM a enregistré des recettes cumulées estimées à 68,64 milliards de FCFA, pour des dépenses de 66,67 milliards de FCFA, illustrant l’importance financière et stratégique de cette structure dans le système sanitaire national
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Une vérification déclenchée après des signaux d’alerte
Selon le BVG, la vérification financière a été initiée suite à une saisine et s’inscrit dans la continuité d’un précédent contrôle effectué en 2020, qui avait déjà mis en évidence des irrégularités ayant donné lieu à des recommandations et à des dénonciations judiciaires
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L’objectif affiché de cette nouvelle mission était de s’assurer de la régularité et de la sincérité des opérations de recettes et de dépenses, notamment en matière de passation des marchés publics, de gestion des stocks, de paiement des salaires et du respect des obligations fiscales.Des irrégularités administratives lourdes de conséquences
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Le rapport souligne plusieurs manquements graves relevant du contrôle interne. Parmi les plus préoccupants figure le fait que la Direction Générale de la PPM n’a pas soumis les budgets des exercices 2021 à 2024 à l’approbation expresse du ministre de tutelle avant leur exécution, en violation des textes régissant les établissements publics
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Autre entorse réglementaire majeure : la signature de contrats dépassant le seuil de 50 millions de FCFA sans autorisation préalable du ministre de la Santé, alors que cette validation est exigée par les textes en vigueur. Cette pratique prive l’autorité de tutelle de son pouvoir de contrôle a priori sur des engagements financiers importants.
Le BVG relève également une mauvaise application de l’Impôt sur les Revenus de Valeurs Mobilières (IRVM), avec un taux d’imposition non conforme à la législation, générant des écarts injustifiés dans les retenues opérées sur les rémunérations des administrateurs
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Plus de 270 millions de FCFA d’irrégularités financières
Sur le plan financier, le constat est tout aussi alarmant. Le montant total des irrégularités financières identifiées s’élève à 270 150 829 FCFA, dont seulement 14 626 686 FCFA ont été régularisés à l’issue des travaux de vérification. Le reliquat non régularisé atteint ainsi 255 524 143 FCFA
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Le rapport met en cause plusieurs responsables de la PPM pour non-respect des procédures de passation des marchés publics, notamment à travers l’utilisation abusive de factures pro forma, le recours injustifié à l’entente directe et l’absence de contrats formalisés pour des acquisitions dépassant les seuils réglementaires.
Avantages indus, appuis irréguliers et mauvaise gestion des ressources
Le Vérificateur Général pointe également le paiement d’avantages indus à des agents non membres des commissions d’analyse des offres, pour un montant estimé à plus de 13 millions de FCFA. Des appuis financiers irréguliers ont aussi été accordés au Comité syndical de la PPM, en dehors des mécanismes prévus par les textes, bien que ces montants aient été ultérieurement reversés après la séance contradictoire
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À cela s’ajoutent des faits graves liés à la gestion des stocks, à des déficits de caisse non justifiés dans certaines directions régionales, à des facturations parallèles de médicaments et à l’absence de pénalités appliquées à des marchés exécutés hors délais contractuels.

Des recommandations claires et des attentes fortes
Face à ces dysfonctionnements, le Bureau du Vérificateur Général a formulé plusieurs recommandations, appelant notamment la Direction Générale de la PPM à respecter strictement les procédures budgétaires, fiscales et de passation des marchés, et à renforcer les mécanismes de contrôle interne
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Au-delà des recommandations techniques, ce rapport relance le débat sur la gouvernance des structures stratégiques de l’État, en particulier dans un secteur aussi sensible que la santé, où chaque franc mal géré peut avoir des conséquences directes sur la vie des populations.
Un enjeu de crédibilité pour la politique sanitaire nationale
Pour de nombreux observateurs, les conclusions de ce rapport constituent un test majeur pour la volonté des autorités de renforcer la bonne gouvernance et la redevabilité dans la gestion des ressources publiques. La PPM, en tant qu’instrument central de l’accès aux médicaments essentiels, ne peut se permettre des dérives qui fragiliseraient la confiance des citoyens et des partenaires.
Bamada.net continuera de suivre de près les suites judiciaires, administratives et politiques de ce dossier, au nom du droit à l’information et de la transparence dans la gestion des affaires publiques.
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Source: Bamada.net
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