La chute du régime de Modibo Keïta a été une occasion inespérée pour nos dirigeants successifs de mettre en place un système de gouvernance basé sur les détournements de fonds publics. Les scandales financiers font légion. Un des plus scandaleux fut celui des «villas de la sécheresse» en 1973, orchestré par des membres du Comité militaire de libération nationale (CMLN) au quartier Hippodrome en commune II. Les fonds d’aide pour juguler la famine causée par la sécheresse des années 1972-1973 ont pris une autre destination. Des résidences sont construites et le quartier change de look pour s’appeler «million kin» (entendez par là , le quartier des millionnaires). En 1977, éclate «l’Affaire Blohorn» à la Société d’exportation des produits oléagineux du Mali (SEPOM).
Rappelons que la société Blohorn était une société ivoirienne qui soustrairait son huile à la SEPOM. L’usine, sise à Koulikoro, est en faillite pour mauvaise gestion. Le Président directeur général (PDG) n’est pas du tout inquiet de la situation qui prévaut encore moins de sa désastreuse gérance. Il a bouffé et détourné les fonds de la SEPOM, mais il n’était pas seul. Toute l’équipe dirigeante du pays était impliquée dans cette saignée financière. Le directeur de l’usine avait pris soin de tenir une liste des officiels visiteurs vénaux pour se prémunir contre d’éventuels désagréments.
D’un lit d’hôpital au Point G, il se rendra à l’aéroport pour le Sénégal. Et depuis ce jour-là , l’ex directeur de la SEPOM se la coulait douce en terre sénégalaise. Ainsi, prenait fin ce scandale financier qui n’a jamais connu une suite favorable à l’État malien.
En 1994, un ministre des Mines vend un site minier à deux (02) milliards de F CFA et empoche les fonds. L’Inspection du ministère de l’Économie et des Finances qui découvre la supercherie et informe le Premier ministre qui les empêche d’ouvrir une enquête. Il y a eu «l’Affaire du Trésor».
Un autre scandale qui a éclaté sous la troisième République, c’est l’affaire dite des exonérations qui a défrayé la chronique en 2004. Dans ce cas, c’est la jonction entre un petit groupe de commerçants véreux et certains fonctionnaires qui a permis la soustraction frauduleuse de sommes importantes des caisses du Trésor public.
D’un scandale à l’autre. «Le pouvoir corrompt le pouvoir absolu», dit-on. Le dicton populaire a l’avantage de la formule juste et courte. À propos de l’affaire PNG, un ministre de l’Économie, des Finances et du Plan a dit ceci: «Il n’y a pas détournement, il y a évasion». Le montant de ce projet était de 9,5 milliards de F CFA. C’était en juin 1992.
Nous pouvons tourner la page en optant pour les incorruptibles. Le gouvernement devra balayer devant sa porte et même sa cour, car toute la fraude interne au système: surfacturation, népotisme dans l’attribution de marchés publics, le prolongement de la fraude externe à grande échelle se trouve dans le système. Un État, qui veut asseoir son autorité, agit avec plus de rigueur et de sérénité. Il faut abandonner l’esprit revanchard et le règlement de comptes.
Entre la période 1992 et 2023, les scandales se multiplient et se succèdent d’un régime à un autre sans aucune sanction. Nous citerons quelques-uns qui ont laissé tache d’huile: ACI 2000 en 1994, où le PDG a pris la poudre d’escampette, et une cagnotte contenant dix (10) milliards de FCFA. La Banque malienne de l’habitat (BHM) mise au rouge, avant d’être liquidée à cause de créances impayées de certains barons d’un parti politique.
La Compagnie malienne pour le développement des textiles (CMDT) est toujours épinglée pour mauvaise gestion dans les rapports d’audit depuis 2000 jusqu’en 2024.
Pourquoi tant de scandales financiers au Mali ? Parce que les fonctionnaires dans tous les pays du monde ont la tentation sans cesse de se prendre pour l’État. Chacun dans son bureau essaie d’incarner le pouvoir dans ce qu’il a d’excessif et même d’arbitraire. Il est vrai que ces fonctionnaires dont certains sont véreux prennent parfois en otage le fondement même de leur pouvoir, à savoir l’appareil de l’État. L’un des points d’échec des régimes successifs, c’est de n’avoir pas pu maîtriser les cadres.
Certains sont comme des caméléons, voulant toujours rester au pouvoir. Ils sont prêts à toutes sortes de stratagèmes pour se maintenir au pouvoir. Un exemple frappant: le Conseil national de transition (CNT), composé d’anciens ministres et anciens députés, est une caisse de résonnance du pouvoir. Depuis la chute du président Modibo Keïta, le Mali a basculé dans une sorte de «kleptocratie».
Après cinquante-sept (57) ans d’indépendance, il y a urgence de changer le système de gouvernance. Ce qu’on demande au président et leurs gouvernements successifs, c’est de tenir compte des trois «S»: à savoir, Stopper les scandales financiers, assurer la Sécurité des personnes et leurs biens et enfin, nationaliser la Santé.
Amy SANOGO
Source: L’Inter de Bamako
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