L’analyse du communiqué conjoint publié à l’issue de la visite du Général Abdourahamane Tiani à Alger le 16 février 2026 met en lumière une volonté affirmée de normalisation, mais révèle aussi des tensions implicites qui interrogent la cohésion régionale.
Le texte officialise un rapprochement pragmatique, centré sur la sécurité et l’économie, en insistant sur une «nouvelle ère» et la relance de projets structurants tels que le gazoduc transsaharien, la route transsaharienne et l’interconnexion par fibre optique.
Pour Niamey, il s’agit de sécuriser des débouchés énergétiques et des infrastructures vitales ; pour Alger, c’est l’occasion de réaffirmer son rôle dans le Sahel après une période de retrait diplomatique.
La formule de «sécurité indissociable» constitue le cœur politique du document. Elle lie officiellement les destins des deux pays face aux menaces terroristes et prévoit la réactivation des mécanismes de surveillance des frontières. Mais cette formulation entre en résonance complexe avec la Charte de l’Alliance des États du Sahel (AES), qui impose une solidarité collective. Alors que Bamako dénonce une hostilité algérienne sur le dossier du Nord-Mali, le choix du Niger de lier sa sécurité à celle d’Alger peut être perçu comme une entorse à la cohésion de bloc, créant une architecture bilatérale parallèle à celle de la Confédération.
Les silences du communiqué sont tout aussi éloquents. Ni le terme «AES» ni celui de «Confédération» n’apparaissent, et la question des groupes armés est évacuée au profit d’une référence générale aux «menaces terroristes». En convenant de réactiver immédiatement les mécanismes bilatéraux et de tenir une Haute Commission mixte sans mentionner de concertation avec les partenaires de l’AES, le Niger semble agir en dehors du cadre décisionnel collectif prévu par la Charte du Liptako-Gourma. Cette diplomatie bilatérale de réparation avec Alger marginalise de facto le Mali et le Burkina Faso, pourtant liés au Niger par une alliance de défense.
Le communiqué affirme que «l’avenir du Sahel sera construit par les pays de la région eux-mêmes», ce qui permet au Niger de maintenir un discours souverainiste tout en réintégrant l’Algérie comme acteur central. En appelant à une «restructuration de l’architecture sécuritaire régionale», les deux présidents suggèrent que les cadres actuels ne suffisent plus et qu’une nouvelle organisation, plus conforme aux intérêts d’Alger et de Niamey, doit émerger. L’institutionnalisation de ce rapprochement est renforcée par un calendrier précis : la tenue d’une Haute Commission mixte à Niamey avant juin 2026 et l’invitation officielle du président Tebboune au Niger. Ces engagements visent à rendre le rapprochement irréversible, en l’ancrant dans des projets concrets et des mécanismes institutionnels.
En définitive, ce communiqué marque un succès diplomatique pour Alger, qui parvient à découpler le cas nigérien du cas malien et à se repositionner comme partenaire incontournable. Pour Niamey, c’est un pari sur le développement économique et la sécurisation des frontières. Mais l’absence de référence à l’AES et la création d’un axe bilatéral exclusif posent une question centrale : le Niger peut-il concilier cette autonomie diplomatique avec la solidarité de bloc exigée par la Charte du Liptako-Gourma ? Le prochain sommet de l’AES sera sans doute le moment où Niamey devra justifier ce choix devant ses alliés, et où se jouera la cohésion réelle de l’alliance face au retour de l’influence algérienne.
Source : L’Aube/Rédaction
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