La construction d’un nouveau Mali n’est pas pour demain. Le Malien n’est pas prêt pour être le soubassement de ce changement. Il demeure le même, malgré les campagnes appelant les uns et les autres à un sursaut national
 Il est dans tous les coups bas contre l’intérêt supérieur de la nation. La crise du carburant est révélatrice de ce malaise social. Va-t-on continuer à mener cette vie d’insouciance et d’inconscience ?
«Les vieilles habitudes ont la vie dure», dit-on. Les Maliens n’arrivent toujours pas à se défaire des mauvaises pratiques qui continuent d’empoisonner son environnement social et professionnel. Ils les adoptent et les appliquent comme si de rien n’était. Et personne n’est choqué. Gare à la minorité qui appelle à une prise de conscience et au respect des normes sociales et des lois qui nous protègent contre les abus. Elle est vilipendée et diabolisée, comme si elle n’a pas son mot à dire sur les dérives.
Pourtant, à y regarder de près, elle n’a pas tort d’interpeller les uns et les autres pour un changement de comportement, afin que règnent l’ordre et la discipline, deux piliers essentiels pour la construction d’un nouveau Mali (Mali Koura) et sans lesquels un appel à l’union sacrée et au rassemblement pour sauver la patrie en danger est voué à l’échec. C’est que les Maliens devraient comprendre depuis qu’ils ont mis en cause la gestion des démocrates, considérés comme les fossoyeurs de l’économie nationale, les prédateurs des maigres ressources de l’État et les valets de la France avec laquelle ils ont taillé sur mesure notre souveraineté pour que chacune des parties préserve ses intérêts au détriment du peuple malien. Il est quand même temps, face aux multiples menaces dont notre pays est victime depuis 2012, de sortir de cette vie d’insouciance et d’inconscience pour le sauver des convoitises impérialistes, de mèche avec certains de nos compatriotes qui relayent la propagande terroriste et la désinformation des médias qui ne jurent que par l’effondrement de notre pays et sa gestion par des bandits internationaux.
Malgré ce danger permanent qui nous guette, les Maliens restent indifférents aux campagnes appelant les uns et les autres à un sursaut national pour faire échec aux ennemis internes et externes. Ce qui compte pour eux, c’est la course effrénée au gain facile. Chacun a ses propres méthodes pour se faire de l’argent.
Dans l’administration publique, une véritable mafia s’est installée autour des services que l’agent de l’État doit rendre aux usagers. Même les documents qui doivent être délivrés gratuitement, le citoyen est contraint de mettre sa main à la poche. Il est courant d’attendre: «le papier est fini». Mais, le sourire vient quand on tend un billet de mille francs CFA (1 000 F). Et un tour dans un autre bureau, le citoyen est en possession de son document.
Dans les écoles, même son de cloche. Les transferts sont monnayés, malgré la décision du ministère de l’Éducation nationale, informant la population qu’ils ne nécessitent aucun sou. Ici, on demande «le prix de la cola». Idem à la circulation.
Dans les familles, dès qu’on parle de partage de l’héritage, des gens sortent de toutes parts et jurent sur le coran et les fétiches qu’ils sont du même sang. Et pour justifier leur part, ils inventent tout.
La crise de carburant est révélatrice de ce malaise social au Mali, où tout le monde sourit, tout le monde triche et la vie continue. Le revendeur de l’essence à un prix d’or triche et l’acheteur sourit parce qu’il a trouvé le liquide précieux quel que soit le prix à payer. Et après la vie continue.
Au Mali Koura, toutes ces mauvaises pratiques et tricheries à ciel ouvert sont accompagnées d’un sourire et la vie continue sans que l’un ne se fâche contre l’autre. Dans ces conditions, la construction d’un nouveau Mali n’est pas pour demain.
Yoro SOW
Source : Inter De Bamako
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