Depuis plusieurs mois, les relations entre la République du Mali et la République algérienne démocratique et populaire traversent une zone de fortes turbulences. Longtemps présentées comme fraternelles et stratégiques, ces relations sont aujourd’hui mises à rude épreuve par une succession de désaccords diplomatiques, sécuritaires et politiques. Les récentes déclarations du président algérien Abdelmadjid Tebboune, tenues devant les deux chambres du Parlement algérien, viennent raviver une tension que beaucoup espéraient voir s’atténuer.

Bamada.net-À Bamako, ces propos sont perçus comme maladroits, déplacés, et surtout peu compatibles avec l’esprit de respect mutuel entre États souverains, principe fondamental du droit international.

Des propos qui interrogent et dérangent

Dans son discours à la nation, le président Abdelmadjid Tebboune a évoqué les relations entre l’Algérie et le Mali en insistant sur ce qu’il considère comme la « bienveillance » d’Alger à l’égard de Bamako. Pour illustrer son propos, il a fait référence au parcours académique de deux hautes autorités maliennes :

  • le Premier ministre, le général de division Abdoulaye Maïga,

  • et le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Abdoulaye Diop,
    tous deux formés à l’École nationale d’administration (ENA) d’Alger.

Si ces faits relèvent de la réalité historique, leur évocation dans un contexte diplomatique tendu soulève de nombreuses interrogations. Étudier dans un pays frère ne saurait, en aucun cas, créer une obligation politique, morale ou diplomatique permanente, encore moins une forme d’allégeance.

Le Mali et la souveraineté : une ligne claire et assumée

Depuis l’avènement de la Transition, les autorités maliennes ont fait de la souveraineté nationale un principe non négociable. Cette orientation, largement soutenue par une frange importante de la population, repose sur une conviction simple :
le Mali décide pour le Mali, sans pression extérieure, sans ingérence, et dans le respect de ses intérêts fondamentaux.

Rappeler publiquement la formation académique de dirigeants maliens pour suggérer une dette morale ou politique apparaît, aux yeux de nombreux observateurs, comme une lecture réductrice des relations internationales, et surtout une incompréhension du combat actuel du peuple malien pour son autodétermination.

Une dégradation progressive des relations depuis 2024

Les tensions entre Bamako et Alger ne sont pas nouvelles. Elles s’inscrivent dans une dynamique amorcée depuis janvier 2024, lorsque les autorités maliennes ont officiellement annoncé leur retrait de l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger, signé en 2015.

À Lire Aussi : Mali–Algérie : une crise diplomatique aux multiples enjeux

À Lire Aussi :Chronique : L’Algérie face au Mali, quand l’arrogance masque l’impuissance

À l’époque, Bamako avait estimé que cet accord, loin d’apporter une paix durable, avait contribué à fragiliser l’autorité de l’État et à légitimer certains groupes armés. Le Mali avait également dénoncé ce qu’il considérait comme une ingérence persistante dans ses affaires internes.

Incident du drone : un contentieux révélateur

L’épisode de la destruction d’un drone militaire malien par l’Algérie, dans la nuit du 31 mars au 1er avril 2025, a constitué un tournant majeur. Alger a affirmé que l’appareil avait violé son espace aérien, tandis que Bamako a contesté cette version des faits.

Fidèle à son approche institutionnelle, le Mali a choisi la voie du droit international, saisissant la Cour internationale de Justice (CIJ). Même si la procédure n’a pu aboutir pour des raisons juridiques, cette démarche a démontré la volonté du Mali de défendre sa souveraineté par des moyens pacifiques et légaux.

Le dossier Mahmoud Dicko, autre point de crispation

Autre sujet sensible : la présence en Algérie de l’imam Mahmoud Dicko depuis décembre 2023. Son engagement politique depuis l’étranger, avec l’annonce de la création de la Coalition des forces pour la République, est perçu à Bamako comme un facteur supplémentaire de tension.

Sans remettre en cause les droits individuels, les autorités maliennes estiment que la stabilité d’un pays ne saurait être fragilisée depuis l’extérieur, surtout dans un contexte sécuritaire aussi délicat.

Le Mali ne cherche pas la confrontation

Contrairement à certaines lectures hâtives, le Mali ne s’inscrit pas dans une logique de rupture systématique avec ses voisins. Bamako reste attaché au dialogue, à la coopération régionale et au bon voisinage. Mais ce dialogue ne peut se construire que sur des bases claires :

À Bamada.net, nous rappelons que le Mali n’est ni dans la provocation ni dans l’hostilité, mais dans la défense légitime de sa dignité nationale.

Pour une diplomatie apaisée et respectueuse

Les peuples malien et algérien sont liés par l’histoire, la géographie et des relations humaines profondes. Ces liens méritent mieux que des déclarations susceptibles d’alimenter les malentendus.

L’heure n’est ni à l’escalade verbale ni aux postures symboliques, mais à une diplomatie mature, lucide et respectueuse. Le Mali, fort de sa résilience et de la détermination de son peuple, poursuivra son chemin sans renier ses principes, mais sans fermer la porte au dialogue.

Les propos du président Abdelmadjid Tebboune ont ravivé une tension diplomatique déjà latente, mais ils rappellent surtout une réalité : le Mali d’aujourd’hui parle d’égal à égal.
Ni plus, ni moins.

Bamada.net continuera d’informer avec responsabilité, de défendre les intérêts du Mali et de promouvoir une lecture équilibrée des enjeux régionaux, au service de la vérité et du peuple malien.

 

NB : Toute reproduction, intégrale ou partielle, sans une autorisation explicite de notre part est strictement interdite. Cette action constitue une violation de nos droits d’auteur, et nous prendrons toutes les mesures nécessaires pour faire respecter ces droits.

 

BEH Coulibaly 

 

Source: Bamada.net



Lire l’article original ici.

Partager.

bamada.net : Site d'actualités maliennes.

© 2026 Le Republique. Tous droits réservés. Réalisé par NewsBlock.
Exit mobile version