Le silence qui précède un verdict est souvent plus éloquent que les débats eux-mêmes. À la Chambre criminelle du Pôle national économique et financier, le procès dit de l’affaire Paramount–Embraer est entré dans cette phase décisive où la parole cède la place à la réflexion, et où le droit s’apprête à dire son mot final. Après plus d’un mois d’audiences, de confrontations d’arguments et d’éclairages juridiques, le délibéré est attendu ce vendredi 06 février 2026.
Bamada.net-L’ancien Premier ministre Boubou Cissé et ses 17 coaccusés seront alors fixés sur leur sort, dans un dossier complexe qui dépasse largement le cadre judiciaire pour interroger la gouvernance publique, la gestion des situations d’urgence et la responsabilité des décideurs dans un contexte sécuritaire particulièrement éprouvant.
Un procès à la croisée du droit, de l’État et de l’histoire récente
L’affaire Paramount–Embraer s’inscrit dans une période charnière de l’histoire nationale. À l’époque des faits, le Mali faisait face à des menaces multiples, avec une armée engagée sur plusieurs théâtres d’opérations. Les décisions prises alors relevaient d’une administration confrontée à l’urgence, à la pression du terrain et à l’impératif de protection des forces engagées.
C’est cette réalité que la justice examine aujourd’hui, avec méthode et sérénité, à travers des accusations graves portant notamment sur le faux, l’usage de faux, l’atteinte aux biens publics et le blanchiment de capitaux, pour un montant global estimé à plus de 18 milliards de francs CFA.
Pour Bamada.net, ce procès constitue un moment institutionnel majeur : il illustre la volonté de l’État de faire la lumière sur la gestion des ressources publiques, tout en rappelant la complexité des décisions prises dans des circonstances exceptionnelles.
L’arbitrage et la temporalité du droit face à l’urgence opérationnelle
Lors de sa réplique, le mercredi 04 février 2026, Me Mountaga Tall, doyen des avocats de la défense et conseil du colonel-major Nouhoum Dabitao, a invité la Cour à considérer la question du temps judiciaire. Évoquant la possibilité de recourir à l’arbitrage dans l’exécution des contrats incriminés, il a rappelé que cette voie, bien que légale et reconnue, s’inscrit souvent dans une durée longue, parfois incompatible avec l’urgence des réalités opérationnelles.
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Cette observation ne remet pas en cause les principes du droit, mais souligne un dilemme classique de l’action publique : comment concilier la rigueur procédurale avec l’impératif de réactivité lorsque des vies humaines sont en jeu ? C’est à cette intersection délicate que se situent nombre de décisions aujourd’hui analysées par la justice.
Les montants en débat et la recherche de responsabilité précise
L’un des points centraux du dossier demeure la réclamation de 18 milliards de francs CFA par la partie civile. Un chiffre qui interpelle dans un pays où les ressources publiques sont limitées et stratégiques. La défense a toutefois appelé à une lecture détaillée de cette somme, en distinguant les volets Paramount et Embraer, et en replaçant chaque décaissement dans sa chronologie administrative.
Concernant le colonel-major Nouhoum Dabitao, il a été soutenu que les montants évoqués ne relèveraient pas directement de sa responsabilité, certains paiements étant intervenus après la fin de ses fonctions. Là encore, la question posée à la Cour n’est pas celle de l’émotion, mais celle de l’imputabilité juridique, pierre angulaire de toute décision de justice.
Parcours administratif et continuité de l’État
Au-delà des chiffres, ce procès met en lumière le parcours de hauts responsables civils et militaires qui ont occupé des fonctions sensibles au sein de l’appareil d’État. La défense a rappelé, s’agissant du colonel-major Dabitao, une carrière marquée par la gestion de finances publiques dans plusieurs régions militaires, sans qu’aucun grief n’ait été auparavant relevé.
Ces éléments ne constituent pas des arguments d’autorité, mais participent à l’appréciation globale des responsabilités dans une administration fondée sur la continuité, la hiérarchie et la délégation de compétences.
Justice et honneur : deux piliers indissociables de l’État de droit
Dans une intervention empreinte de gravité, Me Mountaga Tall a insisté sur la dimension morale de l’acte de juger, rappelant que la justice ne se limite pas à la sanction, mais participe aussi à la préservation de l’honneur, valeur centrale dans toute société structurée.
Cette réflexion résonne particulièrement dans un pays engagé dans un processus de refondation institutionnelle. La crédibilité de l’État repose à la fois sur la fermeté du droit et sur l’équité de son application. La justice, en ce sens, n’est ni faiblesse ni excès : elle est équilibre.
L’heure du verdict, un moment de maturité institutionnelle
Après la réplique de la défense, les 13 accusés présents ont livré leurs derniers mots, affirmant leur confiance dans la justice malienne et saluant le professionnalisme de la Cour et des avocats. Désormais, le temps de la parole est achevé. Celui de la décision commence.
Quel que soit le verdict attendu ce vendredi 06 février 2026, il constituera une étape importante dans l’affirmation de l’État de droit. Pour Bamada.net, l’enjeu dépasse les individualités : il s’agit de renforcer la confiance des citoyens dans leurs institutions, en montrant que la justice sait examiner le passé avec rigueur, sans ignorer la complexité du réel.
Dans cette attente, le pays retient son souffle, conscient que la justice, lorsqu’elle est rendue avec mesure et conscience, demeure l’un des fondements les plus solides de la Nation.
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MLS
Source: Bamada.net
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