Haouzorou se caractérise par ses ruelles sablonneuses, surplombé par une dune qui alerte d’un danger, mais protectrice, au bord paisible du fleuve Niger qui caresse Bourem.
Ici on a longtemps et encore murmuré un nom avec tendresse. Un nom qui a traversé des générations, puisque sa présence se confond avec le nom de Bourem : Wawi.
Son vrai nom est Issouf Abdoulaye, mais peu s’en souviennent tant de son surnom, né d’un mot d’enfant, a su résumer l’homme, assez doux quand il parle, familier lorsqu’on le côtoie et très accessible quand il est sollicité.
Son surnom est né d’une tendre maladresse d’un cousin qui, enfant, disait « Wawi » au lieu de « donne-moi du lait » en songhay. Depuis, le sobriquet est resté, porté d’ailleurs avec fierté.
Né en 1946, dans les lendemains encore incertains de la Seconde Guerre mondiale, Wawi est de ces hommes que la vie n’a pas eu besoin d’instruire sur les bancs pour en faire un pilier de sagesse. Il ne sait peut-être pas écrire, avec des lettres parfaites, mais voilà quelqu’un qui peut lire l’âme humaine avec une finesse rare.
Après une jeunesse d’exil volontaire au Ghana, auprès de son oncle et beau-père, il revient à Bourem, non pour y chercher fortune, mais pour y semer la paix, le respect, l’entraide.
Conseiller spécial de Feu le Chef de Village Hafizou Alhero Touré, Trésorier rigoureux de la Coopérative sans jamais une erreur de compte, Wawi est aussi un refuge pour les élèves venus des campagnes, leur offrant toit et chaleur humaine pour poursuivre leurs études.
Ancien responsable local de l’UNJM (Union Nationale des Jeunes du Mali), il est illettré, mais sait lire et parler couramment français, un paradoxe qui fait de lui une mémoire orale, une bibliothèque vivante.
Wawi n’a jamais dit non quand il pouvait dire oui, même au prix du peu qu’il avait !
Chez lui, les portes ne se ferment jamais, selon mille témoignages ; et les problèmes des autres deviennent les siens.
Entre deux conciliations de familles fâchées, il a toujours trouvé le temps de retourner la terre, de soigner un bétail ou de coudre un habit.
Wawi est donc la mémoire d’un Bourem profond, celle qui ne s’écrit pas, mais qui se vit. Une bibliothèque à ciel ouvert, debout malgré les ans, souriante malgré les rides, et toujours prête à servir.
Ce qui est intéressant dans le sillage de son long parcours, Wawi n’a jamais cherché à briller. Pourtant, c’est autour de lui que la lumière se rassemble puisque l’homme est énormément sollicité.
(Source BURAM TIIRAA)
Source : Le PAYS
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