Il arrive rarement qu’une décision souveraine prise à Bamako produise un effet immédiat à plusieurs milliers de kilomètres, jusque dans les salles de marché nord-américaines. Pourtant, c’est exactement ce qui vient de se produire à Toronto, au Canada. À peine l’accord global signé entre l’État malien et Barrick Mining Corporation annoncé, le titre du géant aurifère bondissait de 7,5 %. Ce sursaut spectaculaire ne doit rien au hasard : il traduit avant tout la reconnaissance internationale de la clarté, de la fermeté et de la cohérence des autorités de la Transition dans leur gestion des ressources stratégiques du pays.

Bamada.net-Car si les cours boursiers réagissent aussi vite, c’est que les investisseurs ont très bien compris ce qui vient d’être acté : un dossier minier jadis enlisé dans les tensions vient d’être résolu avec brio par le gouvernement malien. Le différend qui paralysait l’un des actifs phares de Barrick est derrière nous. Et surtout, le Mali a obtenu un gain stratégique décisif : des recettes annuelles estimées à 220 milliards FCFA. Une victoire nette, assumée, et surtout, entièrement portée par une vision souveraine de la gestion des richesses nationales.

L’accord qui referme un bras de fer historique

Pendant près de deux ans, le complexe Loulo–Gounkoto s’est retrouvé au cœur d’une confrontation sans précédent. Le gouvernement malien, engagé dans une refonte profonde du secteur minier, avait lancé un audit rigoureux révélant des arriérés considérables dus à l’État. Ce diagnostic lucide était l’une des premières mises en pratique de la nouvelle gouvernance voulue par les autorités de la Transition : transparence, redevabilité et souveraineté.

Face à ces conclusions, Barrick avait choisi la voie de l’arbitrage international. Pour Bamako, il était hors de question de laisser une multinationale contourner les règles nationales, a fortiori dans un domaine aussi stratégique que l’or. Le gouvernement a donc tenu une ligne ferme, assumant une série de mesures fortes : mise sous administration provisoire du complexe minier, saisies d’or destinées à l’exportation, interpellation d’agents impliqués dans les irrégularités.

Ces décisions n’étaient ni improvisées ni excessives. Elles étaient l’expression d’un État qui refuse désormais d’être relégué au rôle de spectateur impuissant dans l’exploitation de ses richesses.

Un accord équilibré, dicté par la souveraineté

L’accord conclu le 24 novembre 2025 entre les deux parties renverse durablement la logique des décennies passées. Ce n’est pas le Mali qui a reculé : c’est Barrick qui a accepté de revenir dans le cadre légal malien.

Parmi les points majeurs :

• Barrick abandonne l’arbitrage international.
• L’État lève les poursuites engagées sans renoncer aux exigences légitimes de transparence.
• Les employés détenus sont libérés après règlement du dossier judiciaire.
• Le complexe Loulo–Gounkoto est restitué sous gestion normale, mais dorénavant encadrée par des règles strictes.

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Cette issue est révélatrice d’une transformation profonde : désormais, nul acteur étranger ne peut contourner le Code minier du Mali. Nul ne peut imposer un rapport de force asymétrique. Nul ne peut se soustraire à l’obligation de rendre des comptes.

Le Code minier de 2023, socle d’une nouvelle ère

Au cœur de cette victoire diplomatique, économique et politique, se trouve le Code minier de 2023. Ce texte n’est pas un simple cadre juridique : c’est l’ossature de la nouvelle doctrine malienne en matière de ressources naturelles.

Ses principes sont clairs :

• Augmentation substantielle de la part revenant à l’État.
• Traçabilité renforcée de l’or produit.
• Contrôle accru sur les gisements stratégiques.
• Clarification des responsabilités fiscales et opérationnelles.

En acceptant de s’y conformer pleinement, Barrick admet implicitement que le Mali est désormais un acteur souverain, structuré et déterminé. Et les marchés financiers, eux, ne s’y trompent pas : la montée fulgurante des actions à Toronto illustre une confiance retrouvée dans un environnement stabilisé par Bamako, et non l’inverse.

Un message fort envoyé à la scène internationale

Le règlement du conflit avec Barrick s’inscrit dans un mouvement régional où les États du Sahel, dont le Mali est aujourd’hui l’un des moteurs les plus affirmés, reprennent le contrôle de leurs ressources naturelles. Le Mali, le Niger et le Burkina Faso défendent désormais une vision commune : la souveraineté économique et la valorisation locale des richesses.

Les autorités maliennes démontrent ainsi que :

• Le pays n’est plus un simple terrain de profit pour les multinationales.
• Les réformes, longtemps théoriques, s’appliquent désormais sans concession.
• L’État est capable de mener et de gagner des batailles juridiques, diplomatiques et économiques.

Cet accord envoie un signal clair : les investisseurs sont les bienvenus, mais ils doivent respecter les lois du Mali. Une règle simple, équitable, et désormais inébranlable.

Un secteur minier en pleine expansion

Le règlement avec Barrick n’est pas un acte isolé : il intervient dans un contexte de dynamisme inédit du secteur minier malien. De nouvelles mines de lithium ont été inaugurées entre 2024 et 2025, positionnant le pays dans une filière mondiale stratégique. L’État travaille également à diversifier les revenus, à intégrer davantage la chaîne de valeur et à réduire la dépendance aux opérateurs étrangers.

Dans cette stratégie, l’accord du 24 novembre représente une brique essentielle. Il clarifie, sécurise et renforce le modèle malien. Il crée une jurisprudence politique : désormais, tout opérateur minier sait qu’il traitera avec un État fort.

Le Mali entre dans l’ère des contrats équilibrés

L’accord avec Barrick Gold n’est ni une concession ni une victoire symbolique. C’est une réalisation majeure, concrète, mesurable, qui démontre qu’un pays peut se battre pour ses intérêts, imposer ses règles et obtenir des résultats tangibles. Les 220 milliards FCFA annuels attendus ne sont pas seulement une performance économique : ils sont la preuve que le Mali a retrouvé le contrôle de son destin minier.

Ce qui se joue aujourd’hui dépasse le cadre financier. C’est une affirmation de souveraineté. C’est une reconquête politique. C’est un message adressé au monde : désormais, l’exploitation des ressources naturelles sera un moteur de développement national, et non un levier d’ingérence étrangère.

 

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Moise Touré

 

Source: Bamada.net



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