Le paysage énergétique malien vient de connaître une transformation majeure. La société NDC Énergie, filiale de la Niangadou Distribution Company créée en 2015, a finalisé la reprise d’environ 80 stations-service issues de l’ancien réseau de TotalEnergies au Mali.
Bamada.net-Cette opération intervient un an après la cession de ces mêmes stations à la société béninoise Coly Energy, liée au groupe Bénin Petro, consécutive au retrait du groupe français du marché malien après plus de deux décennies de présence.
Le montant de la transaction n’a pas été rendu public. Mais son impact, lui, est déjà visible : le principal réseau de distribution du pays passe désormais sous contrôle d’un opérateur national.
Une montée en puissance stratégique
Avant cette acquisition, NDC Énergie disposait de quatre stations à Bamako. Toutefois, l’entreprise occupait déjà une place centrale dans l’approvisionnement national grâce à une flotte dépassant les 200 camions-citernes et à une forte présence dans l’importation de carburant.
Elle approvisionne notamment des réseaux privés, l’opérateur public EDM-SA ainsi que plusieurs sociétés minières opérant sur le territoire malien.
Avec la reprise des 80 stations – représentant près de 1 100 emplois – NDC change de dimension. L’entreprise devient un opérateur intégré, contrôlant l’ensemble de la chaîne : importation, logistique et distribution au détail.
Pour les analystes du secteur, il s’agit d’un tournant : le réseau le plus dense du pays, qui représenterait entre un quart et un tiers du marché national, passe sous direction malienne.
Un contexte marqué par les turbulences logistiques
Cette recomposition intervient après une période délicate. À partir de septembre 2025, les perturbations sécuritaires sur les axes Dakar–Bamako et Abidjan–Bamako ont fortement ralenti l’acheminement des hydrocarbures.
Les consommateurs ont été confrontés à des ruptures temporaires, à des files d’attente prolongées et à une tension accrue sur l’offre.
Depuis le début de l’année 2026, les autorités évoquent une stabilisation progressive grâce à une sécurisation renforcée des corridors et à une meilleure coordination entre acteurs publics et privés.
Dans ce contexte, l’élargissement du périmètre de NDC est perçu comme un facteur de consolidation du marché.
Mamadou Niangadou, une trajectoire entrepreneuriale sous les projecteurs
À la tête de NDC Énergie se trouve Mamadou Niangadou, entrepreneur malien d’une trentaine d’années, connu dans les milieux économiques sous le nom de Mama Libanais.
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Son parcours a connu des étapes contrastées. En 2024, il avait été concerné par une procédure judiciaire liée à un dossier impliquant EDM-SA, avant d’être libéré. L’année suivante, le 6 décembre 2025, il a été décoré Chevalier de l’Ordre national du Mali, distinction honorifique saluant l’engagement de plusieurs acteurs stratégiques du secteur énergétique.
Aujourd’hui, avec la reprise de l’ex-réseau Total, son groupe franchit un seuil inédit dans son développement.
Un marché redessiné
Le retrait d’un grand groupe international, le passage par un opérateur régional, puis l’arrivée d’un acteur malien traduisent une reconfiguration profonde du secteur pétrolier national.
Pour la première fois, un opérateur national détient un réseau d’une telle ampleur, couvrant l’ensemble du territoire et structurant une part significative de la distribution.
Les enjeux à venir sont clairs :
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Maintenir la stabilité de l’approvisionnement ;
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Préserver les emplois ;
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Moderniser les infrastructures ;
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Garantir la qualité et la transparence dans la distribution.
Vers une nouvelle phase du secteur énergétique malien
Cette acquisition dépasse le simple cadre commercial. Elle symbolise l’évolution d’un marché qui s’oriente vers une plus grande implication d’acteurs nationaux dans des secteurs stratégiques.
L’avenir dira comment cette nouvelle configuration influencera la compétitivité, la stabilité des prix et la sécurité énergétique du pays. Une chose est certaine : l’année 2026 marque un jalon important dans l’histoire des hydrocarbures au Mali.
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