Un chapitre particulièrement tendu des relations entre l’État malien et Barrick Mining Corporation vient de se refermer. Après de longues négociations, des échanges parfois rudes et près de deux années de confrontation juridique et administrative, les deux parties ont annoncé, le lundi 24 novembre 2025 à l’hôtel des Finances, la conclusion d’un accord global mettant fin à l’ensemble de leurs différends autour de l’exploitation du complexe aurifère de Loulo–Gounkoto.
Bamada.net-Pour le gouvernement malien, cette issue marque un tournant majeur : le pays espère désormais des retombées économiques estimées à 220 milliards FCFA par an, un montant qui devrait renforcer durablement les recettes publiques et consolider la transition vers une gestion plus souveraine des ressources naturelles.
Un conflit ancré dans la réforme du secteur minier
À l’origine de ce bras de fer se trouvait un audit de grande ampleur, lancé dans le cadre de la refonte du secteur minier.
Les autorités maliennes cherchaient à corriger plusieurs décennies de mauvaise gouvernance, de contrats désavantageux et d’opacité généralisée autour de la production aurifère.
L’enquête financière avait conclu à d’importants arriérés dus à l’État. Barrick avait rejeté ces conclusions et opté pour une procédure internationale d’arbitrage, un choix qui avait été jugé inacceptable par Bamako.
Face à ce refus de se conformer aux nouvelles règles, l’État avait adopté une posture ferme :
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mise sous administration provisoire de Loulo–Gounkoto ;
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saisie d’or destiné à l’exportation ;
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arrestation de plusieurs employés de la société.
Cette période a constitué l’un des épisodes les plus sensibles de la politique minière récente du Mali.
Un accord global : chaque partie fait un pas vers l’autre
L’accord signé ce 24 novembre 2025 redéfinit les relations entre les deux protagonistes.
Les termes entérinés prévoient notamment :
• Le retrait de Barrick de l’arbitrage international
La société renonce à poursuivre sa procédure devant le tribunal ICSID, ouvrant la voie à une normalisation juridique et commerciale.
• La levée de toutes les accusations portées par l’État
Bamako s’engage à clore les poursuites visant l’entreprise, ses filiales et ses travailleurs.
• La libération des quatre employés emprisonnés
Les démarches judiciaires sont déjà en cours pour leur remise en liberté.
• La fin de la mise sous tutelle du complexe minier
Loulo–Gounkoto retourne sous gestion directe de Barrick, mais dans un environnement réglementaire réajusté.
Les deux parties insistent sur un point : cet accord ouvre une nouvelle phase de collaboration bâtie sur des règles claires et acceptées.
Le Code minier de 2023, colonne vertébrale du nouveau cadre
Même si aucun chiffre détaillé n’a été rendu public, il apparaît clair que le compromis repose sur l’application stricte du Code minier de 2023, qui renforce la participation de l’État et impose une fiscalité beaucoup plus avantageuse pour le pays.
Ce texte, inspiré par la volonté de faire du Mali un acteur souverain dans la transformation de ses richesses, rehausse :
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la part des revenus revenant à l’État,
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la transparence dans la traçabilité de l’or,
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et le contrôle stratégique des gisements majeurs.
En acceptant de se conformer pleinement à ce cadre, Barrick se positionne sur une trajectoire plus claire et plus stable, tandis que le Mali sécurise un flux financier beaucoup plus conséquent.
Un signal fort envoyé aux partenaires internationaux
L’accord intervient dans un climat régional où plusieurs États — notamment le Mali, le Burkina Faso et le Niger — affirment une volonté commune de reprendre la main sur leurs ressources stratégiques, après des décennies d’exploitation sous des contrats jugés défavorables.
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La résolution du conflit avec Barrick démontre que :
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le Mali peut défendre ses intérêts face à un acteur minier mondial ;
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les réformes nationales ne sont plus symboliques mais réellement appliquées ;
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la souveraineté économique est désormais au cœur de la stratégie de développement.
Pour les autorités, l’enjeu n’était pas uniquement économique : il s’agissait aussi de prouver que le Mali peut imposer le respect de ses lois et de sa vision de développement.
Cette issue s’inscrit dans une dynamique plus large
Le secteur minier malien est en plein renouveau. En parallèle de cet accord, le pays a inauguré deux nouvelles mines de lithium entre 2024 et 2025, un métal clé pour l’industrie mondiale des batteries.
L’État ambitionne désormais de :
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diversifier ses revenus miniers,
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maîtriser les chaînes de valeur,
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et réduire la dépendance aux multinationales.
Dans ce contexte, l’accord avec Barrick Gold apparaît comme l’un des piliers de cette nouvelle orientation stratégique.
Une nouvelle ère d’équilibre et d’affirmation
L’accord du 24 novembre n’est pas seulement la fin d’un conflit : c’est un signal politique et économique.
Il prouve que le Mali peut obtenir des relations contractuelles équilibrées, imposer le respect de son code minier, et sécuriser des revenus significatifs.
Les 220 milliards FCFA attendus chaque année représentent une manne essentielle pour les infrastructures, l’éducation, la santé et la transformation industrielle.
Mais au-delà des chiffres, c’est la souveraineté retrouvée qui marque les esprits.
Le Mali ouvre ainsi une nouvelle ère : celle où l’exploitation des ressources n’est plus un terrain de domination, mais un instrument de développement national.
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Fatoumata Bintou Y
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Source: Bamada.net
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