La décision N°2026-0001/MIC-DGCC du 2 février 2026 continue de faire couler beaucoup d’encre au Mali. En enjoignant la société WAVE SA de cesser la prise en charge du prélèvement de 1 % sur les retraits d’argent mobile, la Direction Générale du Commerce, de la Concurrence et de la Consommation (DGCC)** a voulu, selon ses propres termes, préserver la concurrence loyale et l’équilibre du marché.
Bamada.net-Mais sur le terrain, la réaction populaire est loin d’être uniforme. Une grande partie de la population critique ouvertement cette décision et affiche son soutien à WAVE.
Rappel des faits
À l’origine du dossier, une pratique adoptée par WAVE consistant à prendre à sa charge le prélèvement de 1 % prévu par l’Ordonnance n°2025-008/PT-RM du 7 février 2025, au lieu de le facturer aux clients comme le font les autres opérateurs.
Après plusieurs mois d’enquête, la DGCC a estimé que cette stratégie s’apparentait à une vente à perte, susceptible de désorganiser le marché de la monnaie mobile au Mali et de fausser la concurrence.
La décision est claire : WAVE doit mettre fin immédiatement à cette pratique.
La rue gronde : “Pourquoi punir celui qui soulage le peuple ?”
Depuis l’annonce officielle, les réactions sur les réseaux sociaux, dans les marchés, les grins et les lieux publics ne se font pas attendre.
Pour beaucoup de Maliens, WAVE n’a fait qu’alléger la charge financière des usagers, dans un contexte économique marqué par la cherté de la vie.
“Si une entreprise décide de payer à notre place, où est le problème ?” s’interroge un commerçant du quartier Sogoniko.
“On cherche toujours à compliquer la vie du pauvre”, estime une vendeuse de légumes au marché.
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La majorité des commentaires observés en ligne soutiennent WAVE, saluant une entreprise perçue comme proche des réalités sociales. Certains internautes vont plus loin en qualifiant la décision de la DGCC d’“incompréhensible” ou de “déconnectée du quotidien des citoyens”.
Entre logique économique et logique sociale
D’un point de vue strictement juridique et économique, la DGCC défend un principe fondamental : la concurrence loyale.
L’argument est simple : si un acteur absorbe volontairement une charge que les autres répercutent sur les clients, il crée un avantage artificiel susceptible d’évincer ses concurrents. À terme, cela pourrait conduire à une domination du marché, puis à une hausse future des tarifs.
Mais du point de vue du consommateur, la lecture est différente. Le citoyen moyen ne voit pas une “distorsion du marché”, il voit un service moins cher.
Ce décalage illustre une tension classique entre régulation économique et perception populaire.
Un débat plus large sur la régulation
Cette affaire dépasse le simple cas de WAVE. Elle pose des questions de fond :
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Comment concilier protection du consommateur et protection de la concurrence ?
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Une entreprise peut-elle être sanctionnée pour avoir réduit le coût supporté par ses clients ?
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La régulation doit-elle privilégier l’équilibre du marché ou le pouvoir d’achat immédiat ?
Le secteur de la mobile money est aujourd’hui stratégique pour l’économie malienne. Il touche des millions d’usagers, des petits commerçants aux grandes entreprises. Toute décision réglementaire a donc un impact direct sur la vie quotidienne.
Une opinion publique à ne pas ignorer
Il est clair que la majorité de la population semble soutenir WAVE dans cette affaire. Ce soutien populaire massif traduit une réalité : la question du pouvoir d’achat est devenue centrale.
Cependant, la mission de la DGCC reste d’encadrer le marché selon les textes en vigueur. La polémique actuelle montre surtout qu’un dialogue plus large entre autorités, opérateurs et consommateurs pourrait être nécessaire pour éviter les incompréhensions.
Entre loi et légitimité sociale
La décision de la DGCC s’inscrit dans une logique institutionnelle de régulation.
Le soutien populaire à WAVE s’inscrit, lui, dans une logique sociale et économique immédiate.
Deux visions s’affrontent : celle du droit et celle du quotidien.
L’affaire WAVE révèle surtout une chose : au Mali, la question de la justice économique ne se limite pas aux textes. Elle se vit dans la poche des citoyens.
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