Un dénouement salué comme une victoire diplomatique pour le Mali

Bamada.net-Selon les informations exclusives recueillies par Bamada.net, l’accord obtenu résulte d’intenses négociations menées durant plusieurs semaines entre les autorités maliennes et les responsables de la compagnie aurifère.
Les deux parties ont accepté de faire des concessions mutuelles afin de garantir la reprise complète et sécurisée des activités d’exploitation du complexe minier de Loulo–Gounkoto, stratégique pour l’économie nationale.

La libération des employés de Barrick constitue ainsi l’un des premiers signaux de détente entre les deux acteurs, après une année mouvementée.

Conflit autour d’un gisement stratégique

La crise avait pris une ampleur inédite depuis mi-juin 2025, lorsque le tribunal de commerce de Bamako avait ordonné la mise sous administration provisoire du complexe minier pour une durée de six mois.
Cette décision répondait à la volonté affichée des autorités de rétablir l’ordre, de protéger les biens de l’État et d’assurer une gestion transparente des ressources nationales.

Le site de Loulo–Gounkoto, détenu à 80 % par Barrick et à 20 % par l’État malien, représente un atout économique majeur dans un pays où l’or contribue à près d’un quart du budget national.
La junte, dans sa dynamique de souveraineté économique, avait clairement affirmé son ambition d’obtenir une part plus juste des revenus générés par les activités minières.

Des tensions sur fond de crise sécuritaire et économique

Le contexte national rendait l’enjeu encore plus crucial. Depuis septembre, le Mali fait face à un blocus imposé par les groupes armés du JNIM affiliés à Al-Qaïda, perturbant fortement l’approvisionnement en carburant et plongeant les ménages dans des coupures d’électricité répétées.

Dans ce climat difficile, la relance des activités aurifères, notamment celles du complexe Loulo–Gounkoto, était devenue une priorité stratégique afin de soutenir l’économie et maintenir la résilience de l’État face aux défis multiformes.

Un bras de fer inédit entre Bamako et Barrick

Depuis septembre 2024, les relations s’étaient progressivement tendues.
Les services fiscaux maliens avaient procédé en avril 2025 à la fermeture des bureaux de Barrick à Bamako pour des soupçons de non-paiement d’impôts.
Quatre cadres de la société, dont certains impliqués dans une enquête liée à la falsification et à la dégradation de biens publics, avaient été interpellés.

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Parallèlement, Barrick avait versé 85 millions de dollars à l’État malien en octobre 2024 dans le cadre des discussions en cours, tout en menaçant de saisir le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI).

L’accord qui change tout

Le compromis annoncé ce lundi marque la fin officielle du conflit.
Selon le communiqué transmis à Bamada.net, les dispositions suivantes ont été actées :

1. Abandon de toutes les poursuites

Toutes les accusations visant la société Barrick, ses filiales et ses employés seront abandonnées par l’État malien.

2. Libération des quatre employés

Les quatre cadres détenus depuis 2024 ont été libérés ce 28 novembre 2025, conformément à l’accord global.

3. Fin de l’administration provisoire

Le contrôle opérationnel du complexe Loulo–Gounkoto sera restitué à Barrick, après la levée de l’administration provisoire.

4. Retrait des procédures d’arbitrage

Barrick s’est engagée à retirer toutes ses procédures en cours devant le CIRDI.

5. Engagement pour une nouvelle ère de coopération

Les deux parties affirment vouloir construire une relation renouvelée, transparente et mutuellement bénéfique, avec un accent particulier sur la souveraineté du Mali et l’intégrité de son secteur minier.

Un signal fort pour l’AES et la gestion des ressources nationales

Cet accord intervient dans un contexte régional marqué par la montée en puissance de l’Alliance des États du Sahel (AES), composée du Mali, du Burkina Faso et du Niger.
Les trois pays ont entrepris une reconfiguration radicale de leur gouvernance des ressources naturelles, affirmant un contrôle plus ferme face aux multinationales étrangères.

La résolution de ce conflit avec Barrick pourrait servir de modèle de négociation pour les autres pays membres de l’AES, en renforçant l’idée qu’un équilibre est possible entre exploitation industrielle et souveraineté nationale.

Perspectives pour le Mali : entre vigilance et opportunités

Si la reprise du complexe de Loulo–Gounkoto est une bonne nouvelle pour l’économie malienne, les autorités demeurent déterminées à :

  • garantir une gestion transparente des revenus miniers,

  • renforcer les mécanismes de contrôle fiscal,

  • protéger les intérêts stratégiques de l’État,

  • et assurer que les partenaires étrangers respectent strictement les lois et règlements en vigueur.

L’accord avec Barrick représente donc un compromis, mais aussi une mise en garde claire : l’exploitation des ressources du Mali doit se faire dans le respect de sa souveraineté et de ses priorités nationales.

Une sortie de crise qui renforce la posture du Mali

La libération des quatre employés de Barrick et la conclusion de cet accord global constituent un tournant majeur dans l’un des différends économiques les plus sensibles des dernières années.
Les autorités maliennes démontrent ainsi leur capacité à défendre les intérêts du pays, tout en privilégiant le dialogue et la recherche de solutions durables.

Le complexe de Loulo–Gounkoto, véritable poumon économique, pourra désormais reprendre ses activités dans un cadre clarifié et sécurisé.

 

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Moise Touré

 

Source: Bamada.net



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